Alain Gesgon

Qui est Alain Gesgon ?

L’histoire du fonds est étroitement liée à celle de son fondateur, Alain
Gesgon, qui y a consacré une grande partie de sa vie jusque’à sa mort, à
son domicile parisien , le 1er juillet 2024.


Il voit le jour en 1939, tandis que le monde s’apprêtait à basculer dans un
conflit où l’affiche politique va tenir une place capitale. Son père, Marcel
Gesgon, qui exerçait le métier d’artisan fourreur, et sa mère, Jeanne,
habitaient au 34 rue Geoffroy St hilaire. À l’approche de la guerre, sa mère,
enceinte, prend la route de l’exode et se réfugie à Sancerre dans le Berry où
il nait le 28 octobre 1939. Et c’est là, à Sancerre, rue du Pavé noir, que des
images, des bruits et des faits vont marquer ses premières années et auront
une incidence dans ce qu’il entreprendra plus tard.


Ces images, ces bruits et ces faits qui marqueront de leurs emprunts l’éveil
de ses premiers sens, seront liés dans leur graphisme, leur couleur et leur
contexte, à la Résistance, au danger, à l’interdit… des fondements de l’affiche
de rue comme il le découvrira plus tard.


Des bruits et des mots : celui des tracts du « Courrier de l’air » emballant les
œufs que sa mère ramenait rue du Pavé noir après les avoir ramassés dans
les champs en allant au village voisin. À trois ans, il s’amusait à froisser ces
papiers d’une texture très particulière, ce bruit le fascinait tout autant que le
mot. Peut-être à cause du danger qu’ils suscitaient, car sa mère les lui
enlevait des mains, allumant sa cuisinière avec, tout en lui disant « On ne
peut pas les garder … Ce sont des tracts ».


Image du brassard tricolore fait d’un modeste mouchoir plié avec la croix de
Lorraine dans le blanc, qu’il avait demandé à sa mère de lui confectionner et
qu’un jour, elle lui arracha du bras à la vue d’une patrouille allemande. C’était
le graphisme mêlé au danger qui le fascinait. Autre image, celle du vieux
panneau publicitaire St Raphael Quinquina, au graphisme très dépouillé,
représentant deux serveurs, un plateau à la main, l’un rouge l’autre blanc,
séparé par un tube de mercure. Seul objet accroché au mur, car il faisait
fonction de thermomètre. Mais pour l’enfant qu’il était, dans le contexte de
l’époque, rue du Pavé noir, ce carton thermomètre de Loupot rouge et blanc «
tendance Malevitch » était l’image latente annonciatrice des affiches de
68 … !


À la Libération, son père, Marcel Gesgon, déjà photographe averti, photographie en couleur le général De Gaulle descendant les ChampsÉlysées avec la division Leclerc.


Alain Gesgon s’oriente vers le métier de la banque et intègre une grande
banque française de 1957 à 1967.
Il effectue son service militaire durant 27 mois en Algérie de 1959 à 1962. La
création de comités de grève par les soldats s’opposant au putsch des
généraux en avril 1961 lui donne l’occasion de commencer ses premières
photos de graffitis d’expression politique murale d’opinion.


Les événements de mai 1968 avec le délire graphique, au style dépouillé
seront le déclencheur de ce qui désormais va occuper son existence : la
préservation de la mémoire murale.
Alain Gesgon photographie, en situation, les affiches et en recherche ensuite
les originaux. Il en réunira environ 700.

La création du CIRIP
À partir de 1968, Alain Gesgon commence à élargir sa recherche sur les
époques précédentes, en France et à l’étranger. L’affiche se révèle comme le
meilleur moyen de retracer toute l’histoire du monde dans tous ses
soubresauts : l’affiche politique et sociale est le plus ancien média de
l’aventure humaine.
Révélateurs de cette histoire, il y a aussi les étoffes, les jouets (pour l’enfant,
citoyen de demain…), les substituts de propagande qui vont, depuis toujours,
être les éléments importants de la diffusion de la pensée politique, allant du
porte-clefs au parasol de jardin.
Commence alors une autre étape qui passe par la création en 1982 du
Centre International de Recherche sur l’Imagerie Politique (CIRIP) dont l’objet
est « la recherche, l’étude, l’exploitation et diffusion par tous moyens des
documents concernant l’imagerie politique »
Alain Gesgon commence alors un long cycle d’Expositions et de conférences
dès 1974.

La première exposition du CIRIP (janvier-février 1984) « La Mémoire Murale
Politique des Français » à la Conciergerie bat des records de fréquentation
avec plus de 60 000 visiteurs … Une grande première historique, inaugurée
par tout le gouvernement, avec près de 500 affiches originales présentées.
Le 12 mai 2021, La Ministre de la Culture Roselyne Bachelot décerne à Alain
Gesgon le grade de Commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres.